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« Libérer le potentiel agricole au berceau de l’humanité » : compte rendu et évaluation du congrès IFAJ 2025 à Nairobi

Par Addy Rossi

Du 14 au 18 octobre 2025, Nairobi est devenue l’épicentre mondial du journalisme agricole. Plus de 180 journalistes agricoles venus des cinq continents se sont réunis dans la capitale kényane pour le congrès annuel de la Fédération internationale des journalistes agricoles (IFAJ), organisé en partenariat avec MESHA (Médias pour l’environnement, la science, la santé et l’agriculture), le réseau kényan de journalistes scientifiques.

Sous le thème « Libérer le potentiel agricole au berceau de l’humanité », cet événement a marqué la première tenue du congrès en Afrique de l’Est et seulement la deuxième fois sur le continent depuis 1952 : un geste symbolique visant à repositionner l’Afrique non seulement comme un théâtre d’histoires rurales, mais aussi comme un moteur d’innovation, de recherche et d’élaboration de ses propres priorités.

Un congrès porteur de message politique

L’annonce du congrès avait déjà donné le ton : Nairobi était présentée comme une ville riche en ressources naturelles et un pôle de recherche agricole de premier plan, avec des institutions comme l’ILRI, le Centre mondial d’agroforesterie et l’ICIPE faisant office de centres scientifiques internationaux.

Le discours officiel mettait l’accent sur quatre objectifs :

  • Renforcer le rôle de MESHA en tant qu’acteur régional et mondial de la communication scientifique et agricole.
  • Accroître la visibilité de l’agriculture kényane, en mettant l’accent sur des secteurs clés tels que le thé et les fleurs coupées, deux de ses principales exportations.
  • Promouvoir les échanges entre journalistes, scientifiques et entreprises sur des sujets tels que les semences, les produits biologiques, la numérisation et le changement climatique.
  • Attirer les investissements et le commerce dans le secteur agroalimentaire du pays.

Divers rapports — allant de portails kenyans à des organisations mondiales du secteur des semences et de la nutrition animale — ont souligné que le Kenya « a marqué l’histoire » en accueillant ce congrès, tant par l’ampleur de la réunion que par son poids symbolique : une fédération mondiale de journalistes ruraux qui choisissent de regarder l’Afrique depuis l’Afrique, au lieu d’en parler depuis d’autres latitudes.

Programme, structure et thème central

Le congrès s’est déroulé du 14 au 18 octobre et a combiné :

  • Séances plénières sur la sécurité alimentaire, l’innovation agricole, le journalisme de solutions et le rôle des médias dans la transformation rurale.
  • Tables rondes thématiques co-organisées avec des acteurs du secteur, tels que la Fédération internationale des semences (ISF), l’AFSTA et des entreprises semencières, axées sur la qualité des semences, les cadres réglementaires et l’adoption des technologies par les petits producteurs.
  • Ateliers et sessions parallèles sur l’innovation journalistique, le récit numérique, la couverture scientifique et climatique, et les stratégies pour toucher les jeunes publics ruraux.
  • Visites de terrain et d’entreprises : visites de plantations de thé, d’exploitations florales, d’entreprises de lutte biologique et d’intrants biologiques, et de centres de recherche.

Le site web officiel du congrès présentait Nairobi comme la porte d’entrée de l’innovation agricole africaine et interprétait sa devise comme une invitation à considérer le continent comme un laboratoire vivant de solutions en matière de semences, de produits biologiques, d’infrastructures, de commerce et de résilience climatique.

Thèmes ayant marqué l’ordre du jour

L’examen des rapports et communiqués de presse publiés après le congrès révèle la récurrence de certains axes thématiques qui semblent avoir donné le ton aux débats:

1. Semences de qualité et transformation rurale

Une part importante du programme était consacrée au rôle des semences comme moteurs de productivité, de résilience climatique et de développement des marchés. L’ISF et ses partenaires, tels qu’East-West Seed, Rijk Zwaan et Corteva, ont organisé des panels et des tables rondes afin d’examiner comment les cadres réglementaires, la propriété intellectuelle et la recherche public-privé peuvent avoir un impact concret sur la vie des agriculteurs.

Un article de la Fédération internationale des semences décrivait l’une des sessions comme un « parcours » à travers les témoignages d’agriculteurs ayant accédé pour la première fois à des semences hybrides ou améliorées, et comment cela se traduit par une augmentation des revenus, de l’emploi et la revitalisation des communautés rurales.

 

2. Produits biologiques, innovation et durabilité

Un autre thème central était le développement des agents de lutte biologique et des intrants biologiques. L’entreprise Andermatt, par exemple, a souligné dans sa couverture que le congrès avait réuni quelque 180 journalistes de 34 pays et a insisté sur l’importance de lier journalisme, innovation et solutions plus durables pour la gestion des ravageurs et des maladies.

Le message était clair : il ne s’agit pas seulement de présenter de « nouveaux produits », mais d’expliquer de nouveaux systèmes de production et d’aider le public à comprendre pourquoi la transition vers des pratiques plus régénératrices n’est pas une simple tendance, mais une nécessité économique, environnementale et sociale.

 

3. Les femmes transforment l’agriculture

L’un des articles les plus cités, publié par Food For Mzansi, mettait en lumière le rôle moteur des femmes dans la transformation de l’agriculture kényane. Il citait des données de l’Organisation kényane de recherche agricole et d’élevage (KALRO) montrant que les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes dans la production végétale, redéfinissant ainsi la répartition des rôles en matière de décision, de production et de leadership dans le secteur agricole.

L’article présentait également le point de vue d’Aghan Daniel, secrétaire de MESHA, qui voyait dans l’organisation du congrès non seulement une réussite logistique, mais aussi la reconnaissance de l’engagement du réseau en faveur de la science et de l’égalité des sexes dans la couverture médiatique agricole.

 

4. Jeunesse, leadership et avenir du métier

Les articles consacrés au programme IFAJ–Alltech Young Leaders mettaient l’accent sur une idée : le journalisme agricole n’a d’avenir que s’il intègre de nouvelles voix, de nouvelles plateformes et de nouveaux récits.

Des reportages en provenance d’Afrique et d’Amérique latine ont notamment souligné :

  • L’association d’ateliers sur le podcasting, le récit visuel et la couverture des politiques publiques.
  • L’accent mis sur le développement du leadership, des compétences en négociation et en conception de projets, en complément des fondamentaux du journalisme.
  • L’idée que les jeunes ne sont pas de simples « bénéficiaires » des programmes, mais des partenaires à part entière dans l’élaboration de l’agenda mondial de l’IFAJ.

 

5. Les entreprises et les commanditaires ont chacun leur propre récit.

Les articles rédigés par les sponsors n’ont pas manqué. Alltech, par exemple, a présenté la clôture du congrès comme une célébration de « l’espoir et de l’unité mondiale dans le journalisme agricole », soulignant la nécessité de créer des liens entre la science, les entreprises et les médias pour relever des défis tels que le changement climatique, la nutrition animale et la sécurité alimentaire.

Ces articles institutionnels, loin d’être de simples communiqués de presse, fournissent des données utiles : nombre de délégués, pays représentés, thèmes des sessions, et montrent également comment les entreprises cherchent à se positionner comme partenaires dans le débat public sur l’avenir de l’agriculture.

 

Nairobi comme salle de classe ouverte : excursions scolaires

Les visites techniques ont occupé une place importante dans de nombreux rapports. Les textes d’entreprises, d’organisations et de journalistes partageaient tous trois idées clés concernant la « classe ouverte » offerte par le Kenya :

  • Diversité productive : des petits producteurs aux grandes entreprises agroalimentaires tournées vers l’exportation, en passant par les projets mixtes alliant agriculture de subsistance et accès aux marchés.
  • Innovation face à la vulnérabilité climatique : irrigation efficace, amélioration génétique, lutte intégrée contre les ravageurs et technologies numériques à faible coût.
  • Lien rural-urbain : le rôle de Nairobi comme plateforme logistique, financière et médiatique pour un arrière-pays agricole rayonnant sur l’Afrique et le monde.

Pour de nombreux journalistes, l’expérience de voir de leurs propres yeux des plantations de thé, des serres florales ou des solutions biologiques en action s’est avérée tout aussi marquante, voire plus, que les présentations à l’hôtel. C’est là que la devise du congrès – libérer le potentiel agricole – a cessé d’être un simple slogan pour se concrétiser en images, en interviews et en reportages.

L’agricultrice Anastacia Ngarama (chapeau gris) fait visiter son exploitation et explique comment le Cadre de gestion durable des pesticides de CropLife International s’intègre à son activité, lors d’une visite organisée dans le cadre d’un congrès en septembre près de Naivasha, au Kenya.

Des journalistes de l’IFAJ visitent le centre de l’Organisation kényane de recherche agricole et d’élevage (KALRO) à KALRO pour découvrir les évolutions dans les secteurs laitier, avicole, porcin et des cultures.

Adrian Bell, du Royaume-Uni, partage sa passion pour la photographie avec des jeunes de la plantation de thé de Nyara.

Ulan Eshmatov prend la parole lors de l’Assemblée des délégués de l’IFAJ 2025, alors que son association, l’Association kirghize des journalistes agricoles, scientifiques et environnementaux (KAIEJA), est accueillie comme membre de l’IFAJ.

Clôturant le banquet final du Congrès 2025, le comité d’organisation kényan du Congrès remet le drapeau de l’IFAJ aux hôtes de l’année prochaine, en provenance de Croatie.