L’histoire derrière l’histoire : Ian Doig à propos de sa chronique récompensée par le Prix des étoiles

Lorsque la petite ferme de ma famille en Saskatchewan a été cambriolée, la criminalité rurale est devenue un sujet brûlant dans l’ouest du Canada. Personne ne vit plus dans le quartier où ma mère a grandi et où il y avait peu d’objets de valeur à prendre, mais la famille a vivement ressenti cette violation. Il y avait le coût des portes et des serrures cassées qui devaient être remplacées. Un sac déposé par les voleurs pendant le vol contenait des outils et des bricoles. Ce qui a le plus dérangé ma mère, c’est le nombre de photos de famille que les voleurs ont failli emporter.

L’incident a inspiré mon histoire « La maîtrise de la crise : L’augmentation de la criminalité rurale apporte une vigilance accrue, une dissuasion et un meilleur maintien de l’ordre », publiée dans l’édition hiver 2019 de GrainsWest. Ce magazine agricole trimestriel, dont je suis le rédacteur, est publié par l’Alberta Wheat Commission et Alberta Barley. Son cycle de production prolongé m’a donné le temps de me plonger dans le sujet.

Au moment du cambriolage de la ferme de ma famille, et à une heure de route de là, un fermier a tué par balle un jeune indigène sur sa propriété. Un autre jeune homme a été blessé lors d’un affrontement séparé dans l’Alberta voisine. Une enquête menée avant ces incidents avait révélé que la plupart des habitants des zones rurales de la Saskatchewan ne se sentaient pas particulièrement menacés par la criminalité. Les statistiques indiquent que le taux global de criminalité au Canada est en baisse constante depuis des années. Le niveau de menace ressentie par les agriculteurs de l’Ouest canadien est monté en flèche quasiment du jour au lendemain. La couverture de ces affaires très médiatisées a été intense sur le plan émotionnel et politique.

Il s’agissait d’une question complexe qui nécessitait un examen objectif. Les agriculteurs étaient apparemment passés de l’acceptation des vols occasionnels considérés comme inévitables et irritants à la déclaration de la criminalité rurale en tant que crise à part entière. Mais s’agissait-il d’une crise de bonne foi ? En bref, la réponse était : c’est compliqué. S’il était important de concilier les données statistiques et la perception pour établir le contexte, la nécessité de freiner les vols agricoles parfois très audacieux et de désamorcer la peur et les pulsions d’autodéfense des citoyens ruraux était bien réelle. L’histoire a nécessairement pris la tournure de la résolution de problèmes. Il s’est avéré qu’un grand nombre d’organismes gouvernementaux et de polices, ainsi que des communautés rurales, étaient impliqués dans l’affaire.

Une fois que j’ai terminé une partie de mes entretiens centraux et que j’ai établi les principaux courants de l’histoire, j’ai esquissé son cadre général. Au fur et à mesure que le temps le permettait, j’ai étoffé les différentes facettes. Tandis que je comblais les lacunes et retournais aux sources avec des questions de suivi, le délai de trois mois m’a permis de peaufiner le récit et de répondre aux commentaires de mes collègues.

La réponse positive que l’histoire a reçue a été très gratifiante et a incité GrainsWest à envisager de nouvelles séances approfondies.