J’ai récemment écouté la professeure de philosophe et membre de l’Académie suédoise, Åsa Wikforss, qui s’inquiète de l’avenir de la démocratie. Sa crainte se fonde sur le fait que de plus en plus de pays ont de régimes que veulent restreindre les droits de l’homme. Les chefs politiques totalitaires n’acceptent aucune opposition et tentent de la faire taire par tous les moyens.
Quelques jours plus tard, j’ai lu une interview d’Eliot Higgins, le fondateur du réseau Bellingcat, qui a fait de la lutte contre l’infox et la désinformation sa mission principale. Il estime que la désinformation, sans exagération, est une menace fondamentale pour la société démocratique.
Les réseaux sociaux et les smartphones à la portée de tous one entraîné en changement. Auparavant, le flux d’information provenait d’un journal ou d’un autre média qui était contrôlé par certaines règles et une certaine éthique. Permettre à chacun d’accéder à des vois de communication très répandue pourrait constituer une réforme démocratique. Mais il s’agit également d’une différence massive et d’une communication qui n’est pas réglementée de la même façon que l’était la communication dans les médias de masse.
Nous sommes déjà au cœur d’une guerre d’information. Les usines à trolls des États totalitaires diffusent de l’infox et de la désinformation pour nous donner une fausse vision du monde et discréditer les gens et les autres États. Nous devons être très prudents et critiques à l’égard des sources lorsque nous consommons des médias. Qui est l’expéditeur et pourquoi ? Cela impose des exigences élevées aux journalistes et aux consommateurs de médias.
Des élections libres, la liberté d’expression et la liberté de la presse sont les pierres angulaires d’une démocratie. Et lorsqu’elles sont menacées, ce sont les valeurs démocratiques qui sont en jeu. C’est l’une des raisons pour lesquelles notre Commission de la liberté de la presse et son travail sont si importants pour l’IFAJ.
J’ai rencontré un jour une journaliste qui disait que la politique n’avait rien à voir avec son travail puisqu’elle n’était « que » journaliste agricole. J’ai trouvé cela très étrange. Même si l’IFAJ est une organisation apolitique et qu’un journaliste doit être objectif dans son travail, l’agriculture et la production alimentaire ne seront jamais apolitiques. Au contraire, elle est utilisée comme un moyen de pouvoir dans de nombreux conflits et même comme une arme pour gagner des guerres.
C’est ce qui rend notre travail de journaliste agricole si important, mais aussi si difficile. Nous avons une mission essentielle à accomplir. Mais nous devons aussi veiller à ne pas devenir les messagers de fausses informations et de mensonges.
L’année 2024 a été qualifiée de « super année électorale ». Plus de 50 pays auront des élections cette année, parmi lesquels de grandes démocraties comme les États-Unis, l’Union Européenne, l’Inde, la Grande-Bretagne, le Brésil et la Mexique. Mais aussi des pays où les élections n’offrent que très peu de choix, voire aucun, comme en Russie.
Ce sera un test de la solidité de la démocratie et des valeurs démocratiques dans le monde. Pour moi, le journalisme libre est l’un des moyens les plus importants de maintenir la démocratie et un monde libre. Il fait peser une énorme responsabilité sur les épaules des journalistes. Même les nôtres, bien que nous ne soyons « que » des journalistes agricoles.

